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... au caramel poivré

dimanche, octobre 15, 2006

asobu

Je ne suis pas japonaise, mais je suis entrée dans le jeu ("asobu"signifie « jeu »)
Choregraphie de Josef Nadj inspiré par Henri Michaux.
Henri Michaux a écrit dans « Au pays de la magie » : « L’enfant naît avec 22 plis. Il s’agit de les déplier. La vie d’un homme est alors complète. Sous cette forme, il meurt. Il ne lui reste aucun pli à défaire »
Parti de là, un chorégraphe hongrois a ramené du Japon 6 danseurs et créé ce spectacle pour 24 danseurs dans la Cité des Papes, dans la Cour d’Honneur du Palais des papes à Avignon.
Je l’ai vu à Paris, au Théâtre de la Ville (pourquoi avoir effacé le souvenir de Sarah Bernhardt ?)

J’aime ce spectacle « inabouti », puisque l’on reste dans le signe corporel, sans aller jusqu’au mot. Produit de l’imaginaire du chorégraphe, déconstruction de l’écriture d’Henri Michaux, et enfin, proposition sur scène de différents tableaux harmonieux, portés par la grâce des danseurs, distillés par les projecteurs, et emballés par la musique. Le fil directeur n’est pas toujours évident, on a souvent l’impression d’improvisation, mais qu’importe, j’ai passé un bon moment.

Voici quelques tableaux que j’ai retenus : quelque échos du « dépliage » ou du « déroulage » peut-être même jusqu’au « repassage » de l’enfant pour devenir un homme présentable.
Au départ, j’ai été déroutée : grande table évoquant la Cène, un mannequin assis au centre, en costume noir, bandelettes sur le visage et les membres, bref sur tout ce qui émerge du costume : momie, blessé ? Heureusement, j’ai le décodage, je crois que ce sont les 22 plis. La Cène, car 12 protagonistes viennent s’asseoir autour de la momie. Je pense aussi au Commandeur qui attend ses invités à dîner…et en fait, sera installé, porté à bras d’hommes, pour assister à la projection de sa vie.
Aperçu des 24 danseurs, en particulier 6 japonais, Josef Nadj soi même, dans son éternel costard noir, mais là, tout le monde est pieds nus .La dominante des costumes est gris noir. L’éclairage est cru, les peaux blafardes. Et 2 barbus chauves, l’un qui s’acharnera à faire le singe sur un rythme de jazz, l’autre, à la barbe grise, a vraiment une tête de psychanalyste, et il sera tour à tour maître d’école, berger.. et psychanalyste, puisque tout cela n’est qu’un rêve !!
Je suis vraiment entrée dans le jeu, dans l’asobu, lors de la scène de la lapidation : au premier plan, 6 danseuses se tordent de douleur et finissent par s’effondrer sous les coups ; à l’arrière plan, 6 danseurs égrènent des cailloux dans des seaux. Lorsque tout est consommé, les tombeurs de pierres se coiffent de leur seaux, transmutés en moutons que le berger barbu conduit à la bergerie.
Scènes de danses primitives, les danseurs sont au ras du sol, à 3 ou 4 pattes, d’allure bestiale, sur fond de percussions (africaines ?)
Scène du maître d’école (barbu), qui fait la classe aux petits japonais sur une estrade, muni d’un grand bâton, ça a quelque chose d’une école coranique.
Scène d’ombres chinoises, bestiaire monstrueux, peut-être techniquement un exploit, mais idée facile, sans originalité.
Scène finale, le Commandeur-mannequin est dépouillé de ses bandelettes, son visage apparait d’un bois chaudement coloré, vivant, tout comme la peau des danseurs soudain bien bronzés par les UV des projecteurs, et qui viennent saluer .. pour laisser le mannequin en rade, tout seul sur scène, assis à nous regarder fixement.

Simple aperçu d'asobu: à vous de jouer !!
Sensibilité en accord avec Chez Galand.

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