poirebellehelene

... au caramel poivré

jeudi, octobre 19, 2006

clin d'oeil

Il est 11h30, en ce dimanche, dans le métro.
En face de moi, ou plutôt en oblique, à 2 mètres, assise seule sur la banquette plastique bleue à 2 places, une jeune fille lit.
« La patiente », poche folio très mince. Elle fronce les sourcils, la lecture lui demande de la concentration plus que vraiment un effort : le français n’est probablement pas sa langue natale, mais elle le lit couramment. Elle tient le livre à 2 mains et suit les lignes d’un doigt de sa main gauche. Son regard baissé sur la page, je ne vois pas la couleur de ses yeux, simplement son front plus ou moins plissé par l’attention soutenue. Le visage est pâle, petit visage bien lisse, très jeune, pas une ride, pas une tache. Un rouge à lèvre discret, dans les vieux rose, redessine la bouche, petit nez retroussé, tiens ! une ombre sur la paupière, à peine visible, rappelle la couleur du rouge à lèvres. Le maquillage est soigné, mascara et léger contour des yeux. Cheveux mi courts, (ou mi longs), séparés sur le dessus de la tête, sans raie bien nette, châtain très clair ; inévitables mèches blondes, qui datent de plusieurs mois, concession à la mode, mais bien portées, pourraient être naturelles ; les cheveux, très fins, frisent au fur et à mesure qu’ils prennent de la longueur ; effet mouillé au niveau des pointes.

Elle a déjà tourné 2 pages, elle connaît malgré tout bien la langue. Elle est sérieuse, appliquée, on doit toujours pouvoir lui faire confiance. Elle paraît méthodique, organisée malgré son jeune âge, posée, fiable.
A chaque station , son regard se relâche, se porte vers l’extérieur, à peine inquisiteur, plutôt curieux, serein. Ce doit être la première fois qu’elle emprunte cette ligne. Je la vois alors de profil, petit nez en trompette, elle lève les yeux dans un regard circulaire. Ils sont châtain très clair, légèrement vert.
Elle reprend sa lecture. Elle tient le livre est trop près de ses yeux : serait-elle un peu myope ?

En travers de ses genoux, sa veste est soigneusement pliée, gris vert, plus ou moins cachée sous son sac, rose parme, un peu pastel, sac sport, quelques boutons et boucles cuivrés, mais pas trop, le métal reste discret ; fermeture éclair. Chemisette grise fine, aux poignets brodés, dentelle et petites perles, sous un débardeur en tricot gris à côtes et à col roulé.

Elle se gratte régulièrement : eczema ? allergie ? Sans détacher son regard de la page, elle se gratte la tempe droite et en profite pour rabattre une mèche vers l’arrière. Maintenant, la voilà qui se gratte le ventre sous son pull, puis l’épaule gauche, à nouveau le ventre, le dos du cou, derrière l’oreille. Le regard oscille toujours entre les pages du livre et la vitre.
Les mains sont fines, petites, blanches, soignées, elle doit travailler dans un bureau.
Les jambes croisées, pantalon de toile noire, collant noir à motifs ajourés dans des sandales à talons hauts. Les orteils sont découverts, une lanière de toile embrasse le talon puis se noue en avant, semelles de corde. Pourvu qu’il ne pleuve pas !

En arrière plan, sur un strapontin, un rouquin frisé, négligé, aux cheveux vaguement tressés, déblatère dans son portable en se curant méthodiquement le nez. Le produit du curetage va enrichir un pull sans couleur à force d’en avoir vu.
Et à sa gauche, par delà l’allée, une vielle dame à la peau tavelée, rides sinueuses au coin des lèvres, cheveux vaguement colorés, bien peignés du matin, mais irrémédiablement à la fois raides et frisés, sinueux aussi pourrait-on dire. Elle se tient bien droite, le port de tête raide, le regard vide et incolore. Bizarrement, tout en elle semble à la fois raide et sinueux.

La petite jeune fille continue à lire, à se gratter, à explorer ce parcours inconnu.
Nous sommes arrivés, regard circulaire, elle ouvre la fermeture éclair de son sac, y range « la patiente », piégée, qui devra attendre le voyage de retour pour voirle jour.. Surprise ! là voilà qui extirpe 2 petites choses de ses conduits auditifs, non, ce n’est pas un matériel audio (pas de fils), plutôt un genre de boule quies qu’elle range soigneusement dans un petite pochette plate noire..
Debout, elle enfile sa veste, courte, empiècement au niveau de la poitrine, évasée à la taille, ce qui lui donne un air élégant, habillé, le col est légèrement montant, « cheminée ». Le pantalon de toile en paraît tout simple, trop simple presque. Le sac rose parme en bandoulière sur l’épaule, elle consulte sur le quai le plan du quartier. Non, elle n’est jamais venue par ici, mais elle semble avoir trouvé ses repères et se dirige vers la sortie.
Perdue de vue !

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