poirebellehelene

... au caramel poivré

lundi, janvier 29, 2007

Modèle vivant

Au centre de la table, le modèle est vivant,
Il respire et il parle, il est en mouvement.
Et puis le temps s'arrête, elle s'immobilise,
Suspendue dans la pose, sans même une chemise,
Intimité à nu, la voici défroquée.
C'est à nous de jouer, à nous de la croquer.

Tout autour de la table, nous taillons nos crayons,
Je préfère le crayon, le fusain c'est charbon.
D'abord, bien réfléchir, par où commencer...
Longuement s'attarder à bien la regarder...
Le papier Ingres est vierge, du modèle à la feuille,
Le jeu de la paupière, le va-et-vient de l'oeil.

Mais d'où vient la lumière, faisons bien attention,
Etudions les ombres, gardons les proportions.
La tête n'est qu'une forme, ce n'est pas un portrait.
Le contour n'est que courbes, laisser courir le trait,
De faux traits en vraies courbes, ainsi va le crayon.
On entend le silence, quelle concentration!

Elle est assise en boule, les genoux dans les bras.
De l'épaule pointue, je glisse vers le bas,
Finesse du poignet, les mains, c'est difficile,
Et les doigts encore plus, trop nombreux, inutiles,
S'éparpillent en tous sens, je déclare forfait.
Les seins sont fatigués, mais l'arrondi parfait.

Maintenant allongée, étirée, une jambe pliée
Pour garder l'équilibre, et un bras basculé.
La confusion du pied, l'éventail des orteils,
La balle du talon, la fesse en un soleil,
La hanche somptueuse, l'échancrure de la taille
Vers l'arrondi des côtes, la ligne est sans faille.

La pose est reminée, et la belle s'anime,
Enfile un vêtement, n'a plus rien de Vénus.
Sur les papiers noircis, la voici éternelle.
Nous avons essayé de lui être fidèle...
Ce modèle envolé vaut des alexandrins.
Maintenant, c'est l'épreuve: regarder mes dessins...

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