poirebellehelene

... au caramel poivré

mercredi, février 20, 2008

Dis, grand-mère, raconte...

Il fut un temps, il y a très longtemps, tu n étais pas né, bien sûr, ton papa et ta maman n’étaient pas nés non plus, seuls les grand-pères et les grand-mères étaient nés.

Les voitures existaient déjà, mais elles roulaient différemment : il n’y avait pas de ceinture, on ouvrait la porte, on s’asseyait, on espérait démarrer. Il fallait être patient : on tirait le starter, juste ce qu’il fallait, ni trop ni trop peu, puis, on tirait sur le démarreur. Oui, ce n’était pas une clé qu’il suffisait de tourner négligemment, c’était un bouton qu’on tirait avec un doigté particulier, sinon.. on ne partait pas ! on se mettait en route en pétaradant, on envoyait de la fumée par le pot d’échappement, et les mauvais jours, on pouvait s’arrêter net. Faux départ. Il fallait alors soulever le capot, parfois se servir d’un engin nommé manivelle : comme son nom l’indique, on faisait démarrer la voiture à la main, et on fonçait dans la voiture prendre le volant. Si on ne prenait pas garde, c’est la voiture qui vous fonçait dedans.
Nous voilà partis, pétaradant des volutes de plomb. Si d’aventure on avait à descendre de voiture un moment, acheter le journal par exemple, on laissait le moteur tourner, on ne prenait pas le risque d’avoir à redémarrer.
Par temps de pluie, les essuie glace tournaient au ralenti, et il fallait avoir toujours un chiffon pour essuyer la buée sur le pare-brise. La lunette arrière était toute petite, et les enfants avaient intérêt à cacher leur tête quand le conducteur regardait dans le rétroviseur. Il n'y avait qu'un rétroviseur central, et les clignotants étaient des "flèches". On pouvait aussi simplement sortir le bras par la vitre, c'était encore le plus sûr.
On grillait souvent les feux rouges, après avoir bien vérifié qu’il n’y avait pas un agent de police au carrefour. On s’en rendait compte quand il vous sifflait. Il y avait très souvent un agent de police aux carrefours, en cape et en képi avec son bâton blanc. Son rôle était simplement d’être là Maintenant, ils ont d’autres activités beaucoup plus intéressantes.
Mais le mieux, c’était le klaxon : on n’avait pas peur du bruit, et on klaxonnait à gogo, pour tout, pour montrer qu’on était content, pas content, pressé, pour engueuler un chauffeur, ou simplement pour faire du bruit. Les klaxons avaient une note unique. Finalement, les gens ont tellement exagéré, qu’un jour, en décembre 1958, un préfet, peut-être Pinpon , décréta que les parisiens n’auraient pas de cadeau de Noel, et leur supprima le klaxon !! et le silence fut sur la place de la Concorde et la place de l’Etoile. On aurait pu entendre les oiseaux chanter.
Il n’y avait ni autoroutes, ni péages, ni ralentisseurs, mais il y avait déjà des embouteillages.
A l’époque, quand on voulait une voiture, il fallait la désirer très fort, la commander, et elle arrivait, flambant neuve, quelques mois plus tard ; elle pouvait s’appeler 2 chevaux par exemple, ou 4 chevaux, mais c’était simplement en souvenir de l’époque des carrosses et des diligences, il n’y avait ni chevaux, ni cochers.
Les papas fumaient en conduisant. Fumer ? cela veut dire qu’ils se glissaient entre les lèvres un petit cylindre en papier, rempli de feuilles exotiques. Ils en l’allumaient l’extrémité avec un briquet ou une allumette, aspiraient une grande bouffée d’air, le bout du cylindre rougeoyait, et de la fumée sortait par tous les trous : le nez, la bouche, et parfois même les oreilles, ailleurs on n’était pas autorisé à voir. Les petits garçons attendaient d’être des hommes pour fumer, en général à 18 ans. Seuls les hommes fumaient dans la rue.

Les enfants étaient vraiment des enfants : ils faisaient ce que leurs parents décidaient pour eux. Déjà, lorsqu’ils étaient bébés, on leur enfermait les jambes dans des langes : inutile de leur mettre des pantalons puisqu’ils ne marchaient pas.
Quand ils marchaient, les filles portaient des robes et les garçons des culottes courtes ; même en hiver, les garçons étaient en culotte courte. Ils n’avaient droit au pantalon long que quand ils étaient grands, que leurs jambes avaient des poils, en Première ou en Terminale.
Les garçons et les filles allaient dans des écoles différentes. Les garçons auraient risqué de conter fleurette aux filles, ce qui les aurait détournés des versions latines et de l’Histoire de France. Et puis, la pilule n’existait pas ! donc, dans leurs écoles, les garçons jouaient à la bagarre et aux billes, et dans les leurs, les filles jouaient à la corde et à la marelle.
J’allais oublier les versions latines : c’était le sport favori des collèges, des sortes de galipettes qui renversaient du latin incompréhensible en français de cuisine farci de barbarismes et de solécismes.

L’électricité était souvent en panne, chaque maison avait une provision de grosses bougies blanches pour les pannes. Quand on quittait une pièce, il fallait toujours éteindre derrière soi.
On ne jetait rien, on finissait toujours son assiette, on finissait toujours ses cahiers.
On écrivait au crayon, ou à l’encre : on avait un porte plume et des plumes "sergent major" qu’il fallait remplir ou tremper dans une bouteille d’encre, en évitant de s’en mettre partout. J’imagine que « sergent major » n’était pas un militaire, mais les noms accolés des inventeurs de la dite plume. Les écoliers portaient des tabliers ou des blouses. Les filles devaient broder leur nom sur la blouse et la laver chaque semaine, c’était un blouse d’uniforme
Chaque semaine, la Directrice venait distribuer les « Croix d’Honneur » , blanche, bleue, ou métallique selon le mérite. On l’attachait fièrement sur la blouse avec un ruban tenu par une épingle à nourrice, elle était attribuée pour la semaine.

La radio grasseyait, le tourne disque était à manier avec précaution, sinon, le saphir rayait les disques. Avant, avant, on passait des gros disques 78 tours « La Voix de son Maître » (la promotion du disque était faite par un chien). Il fallait tourner une manivelle pour remonter le mécanisme.(il fallait donc être costaud, il ne suffisait pas d’appuyer sur une touche) Il suffisait ensuite de poser une aiguille sur le disque, à défaut, la pointe d’un couteau très pointu pouvait faire jaillir le son, mais c’était très mauvais pour le disque.
Dame Télévision était rare, c’était une star. Il arrivait qu’on soit invité chez un avant-gardiste pour regarder « 5 colonnes à la une », l’émission branchée de ces temps là.
Le cinéma, c’était la grande sortie en famille : on allait voir les films du commandant Cousteau « Le Monde du Silence », ou « Désert vivant » de Walt Disney . Sacha Guitry faisait aussi recette avec son "Napoleon", en couleurs s'il vous plait, (alors que celui d’Abel Gance était en noir et blanc et donc beaucoup plus triste), et aussi « Si Versailles m’était conté ».
Il y avait un documentaire en première partie, puis les Informations, avec le chant du coq, l’entracte surtout avec l’ouvreuse qui n’avait jamais de monnaie (on n’avait sans doute pas encore inventé la monnaie) pour les bonbons et les esquimaux, et puis, forcément, le film, on était quand même là pour ça.

2 Comments:

  • At 00:49, Anonymous Anonyme said…

    il reste encore quelques voitures qui pétaradent et qui demandent à se faire relever le capot, non loin d'ici dans le pays du chabichou...

     
  • At 22:04, Anonymous Anonyme said…

    ah non, ne pas polluer l'air que respirent les chèvres! le chabichou ne serait plus bio!

     

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