poirebellehelene

... au caramel poivré

samedi, avril 14, 2007

Mimouna

21h24, la fête est finie, la fête commence..

La pièce est petite, les tables sont étirées le long des murs, devant la bibliothèque, les rayonnages qui affichent l’Histoire de la Grande Guerre ou Rembrandt et la Bible, ou de charmants bibelots d’ici ou d’ailleurs, ou encore un ancêtre en photo vieillotte, moustache et col amidonné.
Sur les tables garnies de nappes fleuries, des vases, des fleurs en bouquets, ou une rose unique, orange pâle, ou une assiette de rose séchées.
Les invités défilent, « terbah », ouvre la bouche pour la datte trempée dans le miel. Chacun dépose son cadeau.
C’est la Mimouna, un grand plat de farine, orné de fèves fraîches, un carré de levure, des dattes, un plat de fruits secs, pruneaux, bananes séchées,
Une assiette de morosia, bien noir, bien visqueux, (raisins secs et noix caramélisées), des mendiants en chocolat, des fruits confits, amandes et sésame au caramel.
Cette année, pas d’aubergines confites au gingembre : introuvables, mais les écorces d’orange confites : celles là, elles sont bonnes !!
Macarons, flûtes et triangles aux amandes, mais surtout, les crêpes et le couscous : petit lait avec le couscous, maflita trempée dans le miel épais, tout à l’heure un bon thé à la menthe..
Des œufs de Pâques empapillonnés dans leur papier multicolore, mais aussi du salé : un feuilleté à la viande, un autre aux épinards.

C’est le défilé, chacun va et vient , embrasse du regard toutes ces bonnes choses, goûte, reconnaît les autres invités fait le tour des tables, embrasse les uns et les autres. Assis, debout, on mange, on boit, on discute, on repart, tandis que d’autres arrivent, chargés de baisers et de cadeaux.
On boit… pas que du thé, pas que du petit lait : du bon vin de Bordeaux, rosé, vin d’Alsace, le maître de maison s’y connaît. Et aussi Perrier, Vittel fruits rouges, pas de Mahia, mais de la Vodka bien givrée, du Cointreau…

Donc, des mises à jour, mais c’est la Mimouna d’autrefois. Ici, c’est le sanctuaire du judaïsme marocain d’avant. Les juifs du Maroc d’autrefois laissent monter la nostalgie du terroir. De ces juifs là, il n’y en aura plus, le moule est cassé. Le moule est né au Maroc des Sultans baladeurs, a vu arriver les Français, est monté du Mellah en Ville Nouvelle, pour y redescendre pendant la guerre, a envoyé ses enfants étudier en France, les a rejoints quand ils y sont resté, est devenu français, a voté Mitterrand, et eût voté Sarkozy…

Ce soir, pas de voisins musulmans pour apporter amicalement la farine, le couscous, la maflita, le poisson, mais ce sont des musulmans qui font rentrer la musique :
Deux musiciens de « chez nous » ou de « là-bas » : tambourin, un banjo « libéré », sans barrettes, les tons glissent librement, un luth, et c’est parti, les chansons d’autrefois, « dorbia »… Soudain, les pieds s’agitent, puis les hanches, les épaules, on tape dans les mains ! On se fait plaisir, on chante la chanson où juifs et arabes sont frères, Isaac et Ismael ont le même père… pourquoi pas, on rembobine, je vois Abraham dans ses verts pâturages et Notre Père qui êtes aux Cieux.

Et voici la danseuse, comme elle danse bien : les 2 petites filles ne la quittent pas des yeux, Suzanne drapée dans un grand foulard vert, Adèle dans un jaune, un élastique avec une petite fleur dans les cheveux. Suzanne la dévore des yeux, mais elle danse déjà à merveille, Suzanne, c’est sûr, un jour, elle sera grande, elle aura aussi une grosse poitrine, un bustier à paillettes, des hanches qui ondulent et un nombril qui tremblote.

Beaucoup de photos, pour retenir la joie, l’ambiance, le passé dans le présent.
Ce soir, la nostalgie est gaie.

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