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... au caramel poivré

dimanche, mars 04, 2007

A l'Orangerie



Il y a bien longtemps qu’on ne fabrique plus de tuiles aux Tuileries, qu’il n’y a plus d’orangers dans l’Orangerie. Mais, jusqu’à nouvel ordre, la Seine est toujours là et le jardin de Monet tapisse éternellement les murs des salles ovales sous la lumière changeante des verrières.

L’Orangerie surplombe la Concorde, les visiteurs zélés attendent l’ouverture, le vent fait la course autour du bâtiment rectangulaire, arrondit ses angles droits, ébouriffe les têtes, bleuit les museaux. Nuages menaçants sur la place, arbres encore décharnés sur fond de ciel bleu sur l’autre rive, un rayon de soleil et tout n’est que lumière.

L’Orangerie a fait peau neuve. Au pied de l’escalier, Clemenceau est là, tout en bronze, le crâne lisse, les yeux très loin dans les orbites, sourcils et moustache agressifs, mais bien peignés, la bataille est finie : Voici mes Nymphéas, lui dit Monet, en hommage aux Poilus. Pendant plus de 20 ans, le vieux Monet, dans son jardin de Giverny cherche et pose les couleurs, des mètres, des dizaines de mètres de peinture de maître.

Ici, à l’Orangerie, il nous offre quelques dizaines de mètres qui tapissent les murs, immergent le visiteur, comme à la Géode. Par la verrière du toit, la lumière pénètre, varie à tout moment, modelant les arbres, la surface de l’eau, les nénuphars. Des milliers de couleurs, le noir n’est que couleurs, le tronc des saules est mille couleurs. Les branches d’enguirlandent jusqu’au dessus de l’eau, donnant la verticale, l’ovale des nénuphars donne l’horizontale. Simples feuilles ou fleuris, sur un fond de milliers de coups de pinceau, de couleurs fondues comme un arc en ciel.

L’étage au dessous, la collection Paul Guillaume rassemble tous les copains de Monet et bien d’autres : Renoir, ses jeunes filles au piano, l’opulente Gabrielle.
Cézanne et ses pommes : savez vous qu’il était très lent à peindre ses pommes vertes, rouges, jaunes, juste posées, en équilibre instable, ne vont-elles pas rouler.. d’ailleurs, la table est bancale…
Marie Laurencin, sa signature sage, ses portraits de femmes aux couleurs pastel, Coco Chanel est là.
Modigliani fit le portrait de Paul, son petit nez coquin, sa moustache en triangle, sa cigarette au bec.
Le Douanier Rousseau, eh oui, c’est tout simple, tout bête, mais il fallait le faire.
Picasso, mur de gauche, face à Matisse, mur de droite, les éternels rivaux. Je me détourne du mur de Picasso, ses femmes monstrueuses, non j’ai vraiment du mal avec Picasso, je préfère Matisse, ses odalisques nonchalantes, ses tissus chatoyants.
Derain, la fatigue s’installe, tout droit jusqu’à Soutine, comme il est torturé, mais que les couleurs sont vives. Utrillo à Montmartre, ses ruelles désertées… je déclare forfait !

Le jardin de Monet était si reposant…

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