poirebellehelene

... au caramel poivré

dimanche, juin 03, 2007

Henné

C’est un beau mariage, un très beau mariage. Cet après midi, Monsieur le Maire a briefé les mariés. Avec sa bénédiction, ils ont tout pour être heureux.

Ce soir, c’est le Henné, caftan et djellabah de rigueur, comme là bas, au Maroc.
L’apéritif est panaché : rouleaux printaniers et gingembre à la japonaise, légumes crus au ketchup et mayonnaise, saucisses et boulettes à la moutarde, omelette orientale, boutargue, saucisse de foie comme chez Rahamim (mais où est donc tehan ?), pissaladière, canapés variés…
Coca, Martini, Whisky, tout le monde est arrivé, on s’est embrassé, félicité, la mariée est si belle dans son caftan brodé blanc.. la maman est émue..
Un jeune homme en kippa : « Tiens, un juif ! »
« Mais ici, tout le monde est juif… » sauf quelques égarés !
« Ah, je croyais que tout le monde était arabe… »

On passe à table, les tables s’appellent Fes, Oujda, Marrakech… les tables sont basses, mais pas trop, des chaises, pas des poufs : concession de la tradition au confort
Assiettes en jolie poterie de Fès, bistre. Toutes les entrées sont là : artichauts au citron, aubergines, radis, choukchouka (« elle est presque aussi bonne que celle de ma mère… »)
Ça y est, un gros pâté de zaalouk d’aubergine sur ma belle djellabah dorée…
Le mot d’ordre a été suivi : tenue orientale. Les jeunes garçons ont le tarbouche sur la tête, mardi gras ou pourim ?
L’orchestre s’est échauffé, le chanteur meneur est juif, et tous les musiciens sont arabes : tambourin, le violon, debout sur son cul de jatte, se prend pour un violoncelle, mais aussi batterie au complet, rien à envier à Alvin Queen, piano électrique.
« Et la mariée-et la mariée », « et le marié-et le marié », on les fait sauter sur les chaises, ils ne sont pas rassurés..
Et on danse, danse orientale, musique andalouse: tapez dans les mains, entrainez le cou, la tête puis les épaules, basculez une hanche…Si vous êtes pro, faites cascader les épaules jusqu’aux hanches, mouvements de mains à la balinaise…
Voici le saumon de la Baltique, orientalisé au piment rouge, le pain, c’est de la hallah
Pendant qu’on mange, le chanteur entonne un « mouel »en solo.
Et puis le couscous, fruits sucrés, amandes, abricots, pruneaux
Le vin, il a beau être Medoc 93, mis en bouteille au château, ici, ce n’est pas le repaire de Bacchus, mais il y a du coca, même du light.

Maintenant le Henné : le marié et la mariée, assis tailleur, chacun dans sa nacelle, sont promenés, puis la mariée s’assied sur le grand fauteuil incrusté de nacre, entourée de tous les paniers de cadeaux. Photos numériques à gogo, souvenir d’un jour..
Chacun ouvre sa main, un petit pâté de henné dans le creux de la main, bien appliqué par un bracelet de tissu noué sur le dos de la main, et pendant 10 jours, le tatouage nous rappellera cet instant. Et l’on chante, et l’on danse : « il a trouvé la plus jolie, elle a trouvé le plus gentil… oui, j’marie ma fille, j’marie ma fille, j’marie ma fille… »
Dorbi-ha, iachiani dorbi-ha….
Miracle, l’orchestre arabe reprend en chœur : « Torah temet natan lanou baroukh hachem ! »
N’oublions pas, c’est la Fête des Mères : « iammerimanensek, ya maamma… » et puis la Yiddish Mamma
Et le clou de la soirée, l’orchestre arabe entonne la Hatikva !

L’illusion aurait donc un avenir ?

Quelle belle soirée, la Mondialisation dans la Tradition…
Cauchemar de l’ethnologue, jouissance du psychanalyste.

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